Est-ce que le président Macron veut sa guerre, comme Sarkozy voulait la sienne ? Est-ce que la mort ignominieuse de Kadhafi a amélioré le sort des Libyens et les intérêts de la France ? En quoi une intervention française en Syrie serait-elle utile aux Syriens et à la France ? Il vaut mieux s’employer à mettre fin à la guerre plutôt qu’à la prolonger. Et reconnaître que Bachar Al Assad l’a gagnée. Difficile de croire, alors qu’il l’emporte, qu’il se servirait d’armes chimiques. Tout laisse à penser qu’il s’agit de provocations pour déclencher des frappes américaines. Mais pourquoi la France voudrait-elle s’en mêler ? Si les Etats-Unis partagent l’obsession d’Israël à l’encontre de l’Iran, au point de vouloir déchirer l’accord nucléaire conclu par Obama, et risquer une dangereuse escalade avec la Russie, il n’y a aucune raison de leur emboîter le pas. La France a intérêt au contraire à développer de bonnes relations avec l’Iran. Et sans doute plus qu’avec l’Arabie Saoudite, même si celle-ci est une bonne cliente. Après tout l’Arabie a eu sa part dans la terreur islamiste en propageant le wahabisme dans le monde. Et si le jeune prince se targue d’être un réformateur, il met en ce moment le Yémen à feu et à sang.
Le monde est peut-être à la veille d’une guerre. Les dépenses d’armements ne cessent de croître. Les chefs d’Etat sont d’une agressivité rare. Erdogan grappille un bout de Syrie. Trump arme ses frontières. Theresa May s’en prend aux Russes. Il est temps de se reprendre. Une intervention franco-américaine en Syrie mettrait le feu à toute la région et provoquerait une réplique de l’Iran et de la Russie. Quel en serait l’objectif ? Punir Bachar Al Assad de l’emploi des armes chimiques ? Mais il n’y a aucune preuve qu’il en soit responsable. Provoquer sa chute ? Et après le chaos. Depuis le temps qu’on nous serine qu’il va tomber, il est toujours là. Et toute la question est de savoir s’il ne représente pas de deux maux le moindre. L’histoire de la guerre le montre : c’est lui ou les islamistes. Je m’interrogeais déjà en 2013 dans une tribune que le Figaro avait refusée. A l’époque les prétendus « rebelles » mangeaient le foie des soldats du régime ou fusillaient des enfants pour blasphème. Ceux-là même que soutenait la France. Elle leur faisait passer des armes. Qui finissaient chez Daech. Alors c’était eux le bon côté ? Au moins à Damas les chrétiens pouvaient célébrer leur culte et les femmes marcher tête nue. Franchement je préfère Bachar… La Syrie a assez souffert. Un peu sang-froid. Non à l’escalade, non à la guerre.