Incroyable performance que ce tour du monde à la voile bouclé en 49 jours à 45 km/h de moyenne. Les records successifs des tours du monde en solitaire sont chaque fois pulvérisés. C’est en 2004 que Francis Joyon a, en quelque sorte, ouvert le bal en réussissant  72 jours. Pourtant, l’année d’après, Ellen Mac Arthur parvient à le battre d’une journée, à l’admiration générale. Francis Joyon s’y met  une seconde fois, parvenant alors à réduire la durée de son tour du monde à 57 jours, soit deux semaines de moins qu’Ellen Mac Arthur, un exploit que l’on pensait imbattable. Et voici que Thomas Coville bat le record de Joyon d’une semaine. A voir les vidéos de sa traversée,  on est saisi de sa concentration, de sa volonté, de son énergie, et en même temps de sa décontraction. On voit qu’il a confiance en son bateau, il paraît même en symbiose avec. On imagine aussi qu’une bonne étoile lui a permis d’éviter les conteneurs à fleur d’eau, les cargos la nuit, les icebergs ou les cétacés. On se dit que, cette fois, le record va tenir longtemps. Allez savoir !

Thomas Coville nous dit que son exploit est le résultat d’une quête qu’il a entreprise depuis longtemps, et qui a connu des hauts et des bas. Mais aussi d’une aventure collective menée avec une solide équipe, dont des routeurs qui se relaient 24 h sur 24 avec les derniers bulletins météo devant des ordinateurs capables de simuler le comportement du bateau.  Et un sponsor fidèle qui ne l’a jamais abandonné, l’entreprise Sodebo. Je ne la connaissais pas, mais grâce à Thomas Coville je la connais maintenant. Et manifestement Sodebo c’est aussi une belle aventure. Celle d’une famille de Vendée qui a mené au succès  l’entreprise fondée par Joseph Bougro,  qui est devenue aujourd’hui le leader en France de la pizza fraîche et des sandwichs vendus en supermarché. J’avoue n’avoir jamais goûté aux produits de Sodebo, mais je suis admiratif de l’esprit d’aventure de ses dirigeants et de la confiance qu’ils ont témoignée au navigateur. C’est qu’il a fallu investir pour préparer le trimaran de la victoire. Le bateau est issu des transformations successives du Geronimo de Kersauson, construit en 2001, devenu Groupama 3 et Banque populaire V, pour s’alléger de 6 tonnes et permettre à un seul homme de le barrer. Bravo donc à Sodebo, je cours m’acheter une pizza.

C’est un grand plaisir de célébrer ce record pendant les fêtes de Noël. L’actualité n’a pas toujours d’aussi belles histoires à nous raconter. La fin tragique du Tupolev russe a jeté une ombre sur les nouvelles du jour. Je lisais l’excellent ouvrage de Mathieu Auzanneau, Or noir, quand j’ai appris l’arrivée de Thomas Coville à Brest. Il m’a semblé que l’épopée de nos navigateurs sur leurs drôles de machines à voile répondait à l’impérialisme du pétrole sur nos sociétés. Ces merveilleux exploits d’amoureux des mers sont réalisés à la force des vents  avec l’appui de techniques pointues et de petites équipes enthousiastes. J’espère que nous en tirerons une leçon utile bien avant que les dernières gouttes d’or noir ne partent en fumée.

 

 

 

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